Minuit, tu n'es pas rentré. Je t'attends, je suis dans notre lit, je penche ma tête vers la gauche, lasse d'attendre. J'écoute les accélérations de voitures, les taxis qui s'arrêtent, ou encore les multitudes d'alarmes d'ambulance, je me demande parfois si elle n'est pas pour toi.
Je n'ai pas pris le temps de ranger la cuisine, il n'y a qu'un couvert à débarrasser, tu devais dîner en compagnie de tes collègues ou, qui sait, de tes clients.
Il reste encore le fond de tisane qui m'aide soit disant à dormir. Sur le bar il y a encore les enveloppes contenant toutes les paperasses inutiles, des dettes, des impôts. Il y a aussi ta plante qui est pratiquement morte. Puis sur le tapis repose une tâche de café, je n'ai pas eu le temps de nettoyer. Il y a des photos éparpillées sur la table du salon, de nous à Londres. Je ne sais pas si tu t'en souviens. Parmi celle ci se trouve plusieurs de tes partitions de piano, au temps où tu avais le plaisir d'en jouer et le temps d'inventer des airs pour moi.
Je ne réussis pas à dormir, je ressers mes jambes contre ma poitrine. Je laisse rentrer l'air frais de la nuit et puis sans toi il fait froid, sans oublier que je porte ta nuisette qui te fait normalement craquer alors pourquoi tu n'es pas là ? Elle est si légère et apparemment elle me rend encore plus sexy que la normal.
J'ai laissé en vrac tout mon maquillage dans le lavabo, je n'ai pas pris le temps non plus de me démaquiller. Les draps sont noirs de mascara.
De notre étage et avec nos grandes bai vitrées, on peut facilement voir les immeubles d'en face où j'y porte un regard blasé, je n'y prête pratiquement pas d'intérêts. Je connais leur rituel à force...
Je vois l'ombre d'une mère qui console son enfant, sans doute a-t-il fait un cauchemar. J'aperçois aussi le couple des vétérans qui jouent au scrabble, ils y jouent parfois toute la nuit, et aussi le couple qui vient d'emménager au 30e étage, et toujours les mêmes silhouettes enlacées. Pas loin de leur appartement il y a ce jeune qui dance jusqu'à 3h du matin de la techtonik, il devient assez doué mais je doute qu'on puisse faire d'énormes progrès sur cette danse.
Tout en haut de cet immeuble il y a comme d'habitude la gigantesque pub qui illumine la rue de Paris. Généralement il y a les petits qui tirent la manche de leur mère et disent avec un regard ébahit « regarde maman une géante télé ! » et elles ne prennent pas vraiment le temps d'y répondre.
Trois heures, un petit cliquetis retentit, la porte s'ouvre. Il marche sur la pointe des pieds en pensant que je dors, il pose les clés dans l'assiette à côté de la porte et il se glisse dans le lit après avoir bu son verre d'eau accompagné de cachets. Il ne remarque que très rarement le désordre dans l'appartement. Puis il m'embrasse sur la joue.
Parfois, il répond brièvement à un appel en disant quelque mots que j'ai du mal à distinguer, quelques mots comme « Bonne nuit à toi aussi mon ..ge... » Sans doute une cliente.
Et je m'endors car mine de rien je suis rassurée, pourtant il n'y a pas de quoi.
Le matin il arrête, encore endormit, en tâtonnant le réveil à 5h30 et se lève en marchant souvent sur mes chaussures à talon pour mon boulot et quand ce n'est pas le cas il laisse alors tomber ma robe que j'ai repassé, du porte manteau situé près de notre armoire.
Il m'embrasse, sans avoir pris le temps d'avoir fini de mettre sa cravate et en me disant un bref je t'aime et claque la porte.
Et c'est comme ca à chaque fois.
Je me demande ce que l'immeuble d'en face pense de nous, « Quel est leur rituel ? De faire du Scrabble comme nous ? Ou de faire de la techtonik comme moi ? » . Il ne faut pas chercher bien loin je suppose, ils doivent tous penser qu'on est très over bouqués ou peut être que je suis une pauvre célibataire. . .
23h28
